Adrien Cadiot
design & innovation consultant
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Virtualiser le vêtement

Oct 1, 2019
image credit :
Robbie Barrat

La numérisation du vêtement au profit du développement durable ?

Virtualiser le vêtement

The Fabricant est un studio de création phare du mouvement digital fashion avec pour moto d’être “toujours digital et jamais physique”, spécialisé dans les rendus 3D photoréalistes et l’animation de vêtements.

Deep - Faster Fashion par The Fabricant

En 2018, la maison de mode digitale The Fabricant a présentée sa collection “DEEP - FASTER FASHION“ à travers différentes localisation en Europe la même semaine avec une approche révolutionnaire. En partenariat avec l’Institut Asimov, la maison de mode a eu recours à la dernière technologie d’intelligence artificielle appelée General Adversarial Networks (GAN), permettant entre autre de générer de manière autonome de nouvelles images après avoir été alimentée et supervisée humainement. La maison a ainsi “nourrie“ et produit un algorithme s’inspirant des défilés récents et pouvant prédire et créer une image en continuité de ce qui lui a été soumis. Le processus réduit l’impact environnemental de la production de vêtement et des processus créatifs en réduisant la matière à des données, internet et l’électricité alimentant les ordinateurs et serveurs.

Iridescent Dress

Début 2019, le studio a vendue la première robe de couture digitale en blockchain dénommée “Iridescence” pour $9,500 USD. Créée en collaboration avec les “meilleurs artisans numériques” (Dapper Labs et l’artiste Johanna Jaskowska), la robe fut vendue aux enchères au Sommet Ethereal à New York. Cette pièce, qui a été qualifiée de "première couture numérique au monde", a été réalisée sur-mesure avec la cliente.

”Nous n'avons fait appel qu'aux meilleurs artisans, construisant le vêtement à l'aide de bits et d'octets. Notre atelier utilise des écrans haute résolution, pas de ciseaux ni de tables de découpe.” 

En parallèle, le site du studio propose une collection de vêtements virtuels à télécharger gratuitement, demandant à son utilisateur un minimum de connaissance en rendu 3D et retouche photo pour essayer les vêtements. Récemment, le studio souhaite désormais partager les patrons des vêtements développés avec ses clients.

Accessible et appropriable

S-bags par Solve

La pratique de télécharger un fichier dans le but de réaliser soi-même un objet est déjà proposée par certains. Valorisant une pratique durable (le DIY et la récupération), ce must-do permet également de rendre accessible des articles de mode de qualité. Du point de vue de l’empreinte carbone dans la chaîne de valeur, le concept de téléchargeable permet une réduction des émissions de CO2 dues au transport et à l’emballage et permet également d’éviter une part de gaspillage de textiles.

En 2018, le studio d’innovation Solve a proposé son projet “S-Bags” au grand public: une collection de sacs téléchargeables, peuvent être conçus avec des matériaux que l’on possède déjà chez soi. Le seul bémol : avoir accès à une machine permettant de découper au laser. L'utilisateur final peut créer ces sacs dans un Fablab ou un Makerspace à proximité, avec des tissus durables ou des matériaux d'occasion. La découpe laser coûte environ 10 € et le temps de montage varie de 10 à 20 minutes, ce qui en fait une méthode de production transparente, rapide et abordable. 

La conception numérique permet une production locale rapide, par le consommateur, avec des matériaux locaux, ce qui permet d'économiser une quantité considérable d'émissions de CO2. Une autre grande valeur provient de l'implication de l'utilisateur dans le processus de fabrication ; elle crée un plus grand attachement envers le produit et allonge ainsi sa durée d’utilisation.

Certaines étapes de conceptions peuvent profiter de la digitalisation de leurs tâches afin de se concentrer davantage sur le travail créatif et stylistique. La virtualisation et le scanning des matériaux pourrait ainsi réduire le nombre de chutes textiles ou d’échantillons transportés, jetés ou gaspillés. 


Vêtements algorithmique

Robbie Barrat


Le travail de Robbie Barrat souligne les capacités créatives des algorithmes en inspirant et redonnant à voir l’existant. Pendant 2 mois, l’artiste a conçu un algorithme qui après une étape de machine learning est capable de générer 10 looks à la seconde répondant aux critères esthétiques de la marque. 

Participatif et engagé

Carlings

Le détaillant norvégien Carlings s’est associé à l’influenceuse numérique Perl. www pour créer une collection de mode entièrement virtuelle, sans impacts (ou presque) sur l’environnement puisque virtuelle. Pour créer la collection "Neo- Ex", Carlings a collaboré avec des tailleurs spécialisés en numériques et Perl.www, un mannequin CGI populaire sur Instagram. Les clients peuvent ainsi parcourir une collection comptabilisant 19 articles et faire assembler un article de leur choix numériquement sur un selfie par un groupe de concepteurs 3D pour un montant allant jusqu'à 17,50 € ce qui leur permet de partager leur travail sur les réseaux sociaux tout en entretenant la vitrine virtuelle des clients et de renouveler leurs images sur les réseaux sociaux avec des pièces pour le moins singulières. 

Cette collection apparaît également dans un but de sensibilisation face à la fast fashion et à des comportements consuméristes où le vêtement n’est acheté que pour une utilisation éphémère d’apparat. Ainsi, une part des ventes de la collection est reversée à WaterAid.‍

En parallèle de la collaboration avec des avatars virtuels, il est également possible de revoir sa communication à l’ère du Netflix et de la gamification. Pour sa collection printemps-été 2020, Happy99.online a par exemple réalisé son premier défilé virtuel mettant en scène ses vêtements avec des personnages et des espaces urbains:

Nouveau retail

A Londres, HOT:SECOND est le premier pop-up store basé sur l’économie circulaire à commercialiser des vêtements de mode digitales de marques pionnières telles que The Fabricant, Carlings et Christopher Raeburn. En échange de biens physiques, le concept-store propose des expériences numériques.  La fondatrice Karinna Nobbs a collaboré avec le studio d'innovation Holition et l'artiste 3D Emily Spitzer pour vous permettre de vivre une expérience immersive avec des vêtements de mode digitale. “Le but de l'expérience est de remettre en cause la notion de propriété des vêtements et la "monnaie" du magasin est le don d'un vêtement physique non désiré (l'objectif est de "sauver" 500 vêtements de la décharge pendant les 4 jours) car il n'existe pas de planète B.” En plus des essais virtuels proposés sur place, le magasin propose également des stations de personnalisation pour recycler les vieux vêtements avec des patchs et des impressions par transfert thermique ainsi que des ateliers gratuits sur l'authenticité digitale et la durabilité. 

Plutôt qu'une entreprise commerciale, le pop-up est un prototype d’espace retail conçu pour étudier comment les consommateurs réagissent lorsqu'ils se voient porter des vêtements numériques, explique Karinna Nobbs, professeure à l'université et futuriste autoproclamée, qui a lancé et financé le projet.

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