Adrien Cadiot
design & innovation consultant
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Eco-packaging

Mar 31, 2019
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Alberto Bobbera

Selon Zero Waste Week, l'industrie cosmétique mondiale produit plus de 120 milliards d'emballages chaque année. Le carton, à lui seul, contribuerait à la perte d'environ 73 milliards de mètres carrés de forêt. Comment le design peut-il agir pour proposer des solutions viables et répondre aux exigences environnementales qui se diluent progressivement dans l'inconscient collectif ?

En 2019, la France prévoit d'introduire un système pénalisant la production d'emballages plastiques non recyclables, notamment en vue d'atteindre son objectif 2025 de 100% plastiques recyclables. Actuellement, le pays recycle quasiment 25% de sa production de plastiques selon 60 Million de Consommateurs. Alors que l'utilisation de plastiques recyclables devient de plus en plus l'unique choix possible pour l'industrie, plusieurs designers s'accordent à penser qu'une dimension plus insidieuse à ce shift apparaît.

Mythologie du recyclable

En octobre 2018, Mondelez, le fabricant agroalimentaire américain de chocolats et biscuits (Oreo, Milka, Ritz, etc..) souhaite adopter des emballages entièrement recyclables au cours des sept prochaines années en fournissant à leurs fabricants d'emballages des directives de conception et une liste des matériaux à utiliser ou à éviter. D'ici 2020, la marque indique que tous ses emballages en papier seront issus de sources durables, soutenus par une infrastructure de gestion des déchets développée par l'entreprise, qui permettra d'améliorer les taux de recyclage des consommateurs. Mondelez n'est qu'un exemple parmi un nombre croissant d'industriels qui prennent aujourd'hui le pas du packaging entièrement recyclable et des nouveaux plastiques.

En sachant que les déchets plastiques abondent désormais nos océans et empoisonnent sa faune, de nouvelles initiatives sont encouragées par la recherche. L'université de Purdue a ainsi développée une technique chimique pour transformer le polypropélène, utilisé pour les jouets et emballages alimentaires type snacks et qui représente environ 23% des cinq milliards de tonnes de déchets plastiques en polymère réutilisable ou en combustible qui pourrait être utilisé pour alimenter des véhicules classiques.

"L'élimination des déchets plastiques, qu'ils soient recyclés ou jetés, ne signifie pas la fin de l'histoire. Ces plastiques se dégradent lentement et libèrent des microplastiques et des produits chimiques toxiques dans le sol et dans l’eau. C'est une catastrophe, car une fois que ces polluants sont dans les océans, il est impossible de les récupérer complètement." a déclaré Linda Wang, chercheuse à l'Université Purdue.

Le recours à des plastiques recyclables conforte les acteurs dans une bien-pensance écologique pour chaque projet, où la réponse miracle du recyclable nous libère d'une certaine culpabilité. Le designer belge Jan Boelen, célèbre curateur et professeur, a récemment confié au média Dezeen ce constat, avançant que le recyclage participe désormais à soutenir l'économie du plastique plutôt qu'à réellement être une solution viable au regard de l'environnement.

"La soupe du plastique ne disparaîtra pas avec le recyclage. On a besoin de matériaux qui sont plus proches de la nature, qui sont en dialogue avec elle. C'est là que réside la solution".

A l'instar du plastique recyclable, Boelen préconise le développement de "bio plastiques" non pétrochimiques (à partir de matières végétales et compostables), qui seraient donc davantage en symbiose avec l'environnement.

Crafting Plastics Studio

Récemment, le studio de création Crafting Plastics Studio a présenté lors du London Design Festival de 2018 sa dernière création, dénommée Nuatan. Nuatan est le résultat de six années de recherche menées avec des scientifiques spécialistes des matériaux à l'Université slovaque de technologie. C'est un mélange de deux biopolymères, le PLA (plastique naturel dérivé de l'amidon de maïs) et le PHB (amidon de maïs métabolisé par des microorganismes). Entièrement biodégradable, la solution peut être moulée par injection, imprimée en 3D ou moulée par soufflage, à la manière des plastiques conventionnels. Ce bioplastique pourrait donc être décomposé en composteur industriel facilement mais représente aussi l'intérêt d'être inoffensif pour les êtres vivants qui l'ingère, pouvant donc être digéré par les poissons. Lors de la Milan Design Week début 2019, le studio a exploré comment ces bioplastiques pourraient induire à de nouveaux rapports aux objets, notamment par de nouvelles odeurs dans une société sans plastique.

Ferme de bioplastiques

Le latex est un polymère naturel produit par plus de 12 500 espèces de plantes. Avec “Plastic Culture“, le designer Marco Cagnoni s’est orienté vers la culture de deux espèces idéales à la production de bioplastiques (salsifis noirs et pissenlits) et constituant également une source d’apport nutritionnel afin de réduire les pertes alimentaires. Flexible et durable, le bioplastique produit peut remplacer les polymères synthétiques communément utilisés. En collaboration avec Vincent Van Dick, Cagnoni a imaginé une ferme vertical dont la gestion est assistée d'une intelligence artificielle, et dont le financement repose sur la participation des citoyens et du gouvernement local.

Packaging comestible

Margarita Talep

La designer chilienne Margarita Talep explore la conception de matériaux comestibles et hydrosolubles créés à partir de biopolymères d’algues, remplaçant le plastique, se destinant à des objets à utilisations éphémères. Aujourd'hui, plus de 40% du plastique est à usage éphémère, c’est-à-dire qu’il n’est utilisé qu’une seule fois puis jeté. La designer a également conçue des films à base de protéines de lait à usage domestique et remplissant la fonction d’agent hermétique pour les tupperwares ou bocaux.

Packaging éphèmére

Maria Kurian

La designer Maria Kurian a créée un plastique à base de riz qui se désintègre après 10 minutes d'utilisation. Un procédé de fabrication à base de couches d’amidon permet de concevoir des bouteilles d’eau d’une durée de quelques jours. Le projet pose la question de comment reconcevoir le cycle de vie du packaging dans son usage, avec un nombre considérable d'emballages ou d'objets dont l'utilisation ne dépasse pas les 10 minutes.

Vers une reconception de l'emballage

Ludovica Cantarelli
61 % des 19-29 ans interrogés ont déclaré avoir changé de marque l’année dernière pour des raisons d’emballage, de recyclabilité ou de suremballage principalement. Selon l’étude menée par l’association européenne Pro Carton.

Ludovica Cantarelli a conçue des emballages de vin à partir de peaux de raisin et de branches résiduelles issues du processus de vinification. Le vin rouge est également utilisé comme encre et colorant pour l’impression de l’emballage et des étiquettes. La designer participe à rendre possible une conception de la boisson pensée en écosystème où les déchets de vinification sont récoltés pour participer à la vente du produit tout en le rendant enclin au recyclage.

Sous l'impulsion de la part des consommateurs aspirant à une consommation avec de moins en moins d'emballages, les marques doivent re-concevoir leurs engagements écologiques de pair avec leurs identités esthétiques et scénarios d'usages en développant une nouvelle manière de mettre leurs produits à disposition de leurs audiences. Le changement dans l'utilisation de matériaux plus viables dans leurs transformations et leurs usages induit également de changer leurs présentation, leurs identités et l'économie du produit au plus long terme, encourageant le développement de l'économie circulaire, le regain des consignes et de packagings réutilisables et renforçant le rôle de réassurance de l'emballage quant à la qualité des produits.

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